Oui, cela s’apprend. Le doute vient d’une confusion répandue : on présente souvent l’émission fontaine comme une capacité rare, réservée à quelques-unes. Les études disponibles estiment qu’entre 10 et 54 % des femmes en font l’expérience au cours de leur vie, ce qui en fait une variation banale de la sexualité féminine.
Le mécanisme, lui, est présent chez toutes. Les glandes de Skene et le point G ne sont pas des particularités anatomiques que certaines auraient et d’autres pas. Ce qui varie d’une femme fontaine à l’autre, c’est la sensibilité du point G, l’entraînement, et surtout le degré de contrôle que tu exerces sur ton corps sans t’en rendre compte.
Autrement dit, la question n’est pas de savoir si tu en es capable. Elle est de savoir ce qui t’empêche d’y arriver aujourd’hui.
Le déclencheur de l’éjaculation féminine est la stimulation soutenue du point G, cette zone légèrement rugueuse située sur la paroi avant du vagin, à trois ou quatre centimètres de l’entrée. Sous l’effet de l’excitation, la prostate féminine produit un fluide qui s’accumule.
Le squirting proprement dit se manifeste par un jet plus abondant et clair, expulsé par l’urètre. Il provient en partie de la vessie, d’où l’impression qui l’accompagne. L’éjaculation féminine désigne plutôt un liquide épais et laiteux, en quantité réduite, issu des glandes de Skene.
L’éjaculation et le squirting peuvent survenir ensemble ou séparément. Aucun des deux n’est lié automatiquement à l’orgasme : tu peux jaillir sans jouir, et jouir sans jaillir.
Ce qui suit compte autant que la technique. Personne n’y arrive dans une séance mal préparée, quelles que soient les caresses.
Du temps. Compte une heure devant toi, sans rendez-vous derrière. La précipitation est le premier obstacle, parce qu’elle installe une attente de résultat.
Une vessie vide. Passe aux toilettes avant. Ce que tu ressentiras juste avant ressemble beaucoup à un besoin d’aller aux toilettes, et l’avoir vidée retire ton principal motif de retenue.
Une bonne hydratation. Bois normalement dans la journée. La couleur et l’odeur du fluide varient selon ce que tu bois et ce que tu manges, un sujet que je détaille dans un article sur l’odeur de l’émission fontaine.
Protéger le lit. Une serviette absorbante posée sous toi règle la question matérielle. Tant que tu te demandes ce que tu vas mouiller, une partie de ton attention reste ailleurs.
Aucun objectif. Décide à l’avance que la séance sera réussie même sans jaillissement. Cette décision paraît anodine, elle est déterminante.
De l’envie. Ne t’y mets pas parce que c’est le moment que tu avais prévu, mais parce que tu en as envie. Commencer sur un corps qui n’a rien demandé ne mène nulle part, et c’est ce que presque toutes ratent. Si tu as besoin de monter avant, j’écris des récits à lire seule qui servent exactement à ça.
Cinq étapes, dans cet ordre. Chacune prépare la suivante, et sauter la première condamne les autres.
Ne va pas tout de suite vers ton point G. C’est l’erreur la plus fréquente, et c’est celle qui referme tout.
Commence plus haut. Pose ta main à plat sur ton ventre et laisse-la descendre lentement, sans destination. Passe sur ton pubis, sur tes lèvres, sans écarter encore. Tu n’as rien à atteindre. Personne ne te regarde, personne n’attend de résultat, et tu as tout ton temps.
Sens comme ça chauffe déjà sous ta paume, juste parce que tu t’autorises à traîner.
Quand ça commence à te manquer, seulement là, va chercher ton clitoris. Tourne autour d’abord. Effleure le capuchon plutôt que la pointe, jusqu’à ce que tes hanches se soulèvent toutes seules pour venir chercher ta main.
Tu le sens, ce moment où ta fente devient glissante et où tes doigts n’accrochent plus ? Où ton sexe se met à réclamer qu’on entre ? C’est ça que tu attends. Pas une durée, pas un chronomètre. Cette impatience-là.
Si quelqu’un t’accompagne, c’est à lui de faire durer jusqu’à ce que tu le supplies, et un cunnilingus bien mené t’y amène mieux que n’importe quel geste.
Maintenant tu peux entrer. Un doigt d’abord, puis deux, paume tournée vers le haut. Tu es tellement ouverte qu’ils glissent sans que tu aies à forcer, et rien que ça devrait te faire soupirer.
À trois ou quatre centimètres à peine, sur la paroi du dessus, la pulpe rencontre un relief plus rugueux. Un peu granuleux, nettement différent du reste. Appuie dessus. Tu viens de comprendre pourquoi on en parle tant.
Replie tes doigts en crochet et fais ce geste qui dit « viens ici ». Lentement, en ramenant vers toi comme si tu voulais t’attirer par l’intérieur. Appuie franchement, bien plus fort que tu ne l’oserais d’habitude.
Sens comme ça gonfle sous tes doigts, comme ça devient dur et brûlant alors que tu n’as encore rien fait. Ton bassin va vouloir suivre le mouvement, tes cuisses s’ouvrir davantage. Laisse-les. Surtout ne t’arrête pas quand ça devient presque trop bon : c’est précisément le signe que tu es prête.
C’est ici que la plupart s’arrêtent trop tôt, par peur d’appuyer fort. Ton point G ne demande pas de la délicatesse, il demande qu’on insiste.
Une fois que tu as trouvé l’angle qui te fait gémir malgré toi, ne change plus rien. Pas plus vite, pas plus lent, pas ailleurs. Ton corps a besoin que ça revienne, encore, exactement au même endroit, pour monter.
Ta respiration devient bruyante et tu t’entends. Laisse-toi entendre. Garde la bouche ouverte au lieu de serrer les dents, ça relâche tout ton bassin d’un coup. Si ton autre main veut descendre sur ton clitoris pendant que tes doigts travaillent en toi, laisse-la faire, tu as le droit d’en vouloir plus.
Tu sens comme tu coules ? Comme ta main est déjà trempée sans que tu t’en sois rendu compte ? Tu es prête bien avant de le croire. Ne t’excuse de rien.
Ton poignet fatiguera avant toi, et toujours au pire moment. Fais travailler ton avant-bras, ou change de main pendant que la vague est encore là.
Voilà l’instant où tout se joue, et personne ne t’en parle jamais.
D’un coup ça devient très net. Une pression lourde, basse, précise, qui ressemble exactement à une envie de faire pipi. Tes cuisses se serrent, ton ventre se durcit, ton souffle se bloque. Et ton réflexe va être de tout retenir et d’arrêter ta main.
Fais l’inverse.
Ne change rien à ton geste, garde le même rythme, et pousse. Pousse vers l’extérieur comme si tu laissais partir. Ouvre les cuisses au lieu de les serrer. Relâche ce que tu serres depuis toujours. Souffle fort par la bouche, gémis si ça vient.
Tu n’as rien à retenir, rien à contrôler, rien à sauver. Personne ne t’en voudra pour les draps.
Ça dure quelques secondes, pas plus. Si tu te retiens, la vague redescend et tout est à refaire. Si tu la laisses passer, ça jaillit, et tu sentiras le liquide couler chaud entre tes fesses pendant que tout se relâche enfin.
Ce sera peut-être quelques gouttes, peut-être beaucoup plus, peut-être en plusieurs vagues. Le volume ne veut rien dire et change à chaque fois.
Ne te relève pas. Reste sur le dos, les cuisses ouvertes, les doigts encore en toi, et laisse tout redescendre doucement. Sens ton sexe battre encore, gonflé, trempé, vivant. Beaucoup décrivent à cet instant une détente très profonde, plus diffuse qu’un orgasme, presque cotonneuse, où plus rien n’a d’importance.
Retiens ce qui a marché tant que c’est frais dans ta main : la position de tes doigts, l’angle, l’instant où ça a basculé. Ton corps garde la mémoire de ce qu’il vient d’apprendre, et la fois suivante viendra plus vite.