Tu as pris rendez-vous il y a trois semaines, un soir où tu ne dormais pas.
Tu as écrit un message court, en te disant que tu pourrais toujours annuler. Tu as répondu à ses questions sans trop réfléchir, tu as dit que tu voulais te détendre, et c’était vrai à ce moment-là. Tu n’as pas annulé.
Maintenant tu es là.
La pièce est chaude. Il fait presque nuit dehors et il n’a laissé que deux bougies allumées. Au plafond, une boule projette des points lumineux qui tournent lentement, et tu te surprends à les suivre des yeux pour éviter de penser à ce que tu fais ici.
Il t’explique comment ça va se passer. Sa voix est calme, il ne se presse pas, il te demande deux ou trois fois si tu es d’accord. Tu réponds oui chaque fois, et chaque oui te coûte un peu moins que le précédent.
Il sort de la pièce le temps que tu te déshabilles.
Tu enlèves tout. Tu t’allonges sur le ventre, la serviette posée en travers de tes reins, et tu écoutes ton propre souffle dans le silence. Tu as les mains le long du corps et le cœur qui bat trop vite pour quelqu’un qui vient se détendre.
Il revient. Tu entends l’huile dans ses mains avant de le sentir.
Ses paumes se posent en haut de ton dos et descendent d’un seul mouvement jusqu’aux reins. Tu expires malgré toi. Il recommence, plus lentement, et quelque chose se relâche dans tes épaules que tu tenais serré depuis des mois sans le savoir.
Il travaille longtemps comme ça. Les omoplates, la nuque, le long de la colonne. Rien que de très correct.
Sauf que tu attends.
À chaque fois que ses mains redescendent vers le bas de ton dos, tu espères qu’elles continueront un peu plus bas. Et à chaque fois elles remontent. Tu réalises que tu retiens ton souffle à chaque descente.
Ses mains passent sur tes fesses par-dessus la serviette. Puis la serviette glisse, et elles y reviennent sans elle.
Tu ne dis rien.
Il descend le long de tes cuisses, l’intérieur d’abord, et remonte en s’arrêtant chaque fois un peu plus haut. Tes jambes se sont écartées toutes seules, tu ne saurais pas dire à quel moment. Tu sens l’air frais entre tes cuisses et tu sais exactement ce que ça veut dire.
Il ne va pas plus loin. Il remonte, redescend, revient. Le manque devient physique.
Il te demande de te retourner.
Tu obéis, sans reprendre la serviette. Tu gardes les yeux fermés parce que tu ne sais pas encore comment le regarder.
Il reprend aux chevilles. Tu sens ses mains monter le long de tes mollets, s’attarder derrière tes genoux, puis remonter à l’intérieur de tes cuisses. Ton bassin se soulève de quelques millimètres pour aller à leur rencontre et tu ne peux rien y faire.
Il s’arrête juste avant.
Tu sens ton sexe battre. Tu es tellement mouillée que c’en est presque gênant, et tu sais qu’il le voit. Cette idée-là, qu’il le voie, te fait monter d’un cran de plus.
Puis ses doigts te touchent enfin.
Pas dedans. Juste dessus, à plat, sans bouger, le temps que tu t’y habitues. Et quand il commence enfin à bouger, c’est si lent que tu voudrais lui attraper le poignet pour aller plus vite.
Tu ne le fais pas. Tu le laisses décider.
Il ouvre tes lèvres avec deux doigts et te caresse là où il faut, avec une précision qui n’a rien d’un hasard. Tu entends le bruit que ça fait. Tu t’entends gémir aussi, et tu ne cherches pas à te retenir.
Sa bouche remplace ses doigts.
Ta main part toute seule dans ses cheveux. Tes talons cherchent un appui sur le lit. Il te tient les cuisses ouvertes et prend son temps comme s’il avait la nuit entière, et à un moment tu cesses complètement de penser.
Quand tu es au bord, il s’arrête.
Tu ouvres les yeux. Il te regarde. Il te fait attendre juste assez pour que tu retombes un peu, puis il recommence, et cette fois deux doigts glissent en toi pendant que sa langue reste où elle est.
Il remonte vers l’avant, appuie fort, et ramène ses doigts vers lui comme s’il voulait t’attirer par l’intérieur.
Tu reconnais tout de suite la sensation, cette pression basse et lourde qui ressemble à une envie de faire pipi, et ton premier réflexe est de te contracter et de fermer les jambes.
Il te dit de ne pas retenir.
Alors tu ne retiens pas. Tu ouvres les cuisses, tu relâches tout, tu pousses, et ça sort. Tu sens le liquide couler chaud le long de tes fesses pendant que ton ventre se vide de plusieurs mois de tension, et tu t’entends crier quelque chose qui ne ressemble à rien.
Il ne s’arrête pas tout de suite. Il ralentit, il t’accompagne pendant que ça redescend, et il retire sa main seulement quand ton souffle revient.
Tu restes allongée. Les points lumineux tournent toujours au plafond. Tu ne bouges plus, et personne ne te demande rien.