Il t’a prévenue en arrivant.
Il a dit qu’il ne te toucherait pas avant que tu le demandes. Pas avant que tu le dises, à voix haute, avec des mots. Tu as ri. Tu as trouvé ça un peu théâtral, et tu as répondu qu’il n’aurait pas à attendre longtemps.
Ça fait vingt-cinq minutes maintenant, et il n’a pas bougé.
Vous êtes allongés côte à côte sur le lit, tout habillés, dans une chambre où seule la lampe de chevet est allumée. Vos épaules se touchent presque. Presque. Il y a deux centimètres entre son bras et le tien et tu les sens comme s’ils étaient brûlants.
Il parle.
Il a commencé par te dire ce qu’il ferait s’il en avait le droit. Il a commencé par ta bouche. Il a décrit comment il t’embrasserait, la première fois doucement, la deuxième moins, jusqu’à ce que tu attrapes son col pour l’empêcher de reculer.
Tu as souri. Puis tu as arrêté de sourire.
Il est descendu le long de ton cou. Il t’a expliqué où exactement il s’arrêterait, juste sous l’oreille, là où la peau est la plus fine, et combien de temps il resterait là avant de continuer.
Tu as fermé les yeux à ce moment-là. Tu ne les as pas rouverts depuis.
Maintenant il est à tes seins et il prend un temps que tu trouves insupportable. Il décrit comment il ouvrirait ton chemisier bouton par bouton sans jamais te découvrir complètement. Comment il passerait le dos de sa main sur le tissu avant de le retirer. Comment il ferait durer jusqu’à ce que tu cambres le dos toute seule pour venir chercher sa bouche.
Ton corps réagit à chaque phrase comme si c’était vrai.
C’est ça que tu n’avais pas prévu. Tu pensais que ce serait un jeu, une mise en bouche, dix minutes avant de passer aux choses sérieuses. Mais ton ventre s’est serré à la troisième phrase et ne s’est plus relâché depuis. Tes cuisses se sont croisées sans que tu décides rien. Tu bouges les hanches en rythme avec sa voix et tu sais qu’il le voit.
Il continue de parler. Il ne te touche toujours pas.
Il descend plus bas. Il décrit ta peau sous son ventre, l’élastique de ta culotte qu’il ferait glisser d’un doigt, et ce qu’il découvrirait en dessous. Il dit qu’il sait déjà dans quel état tu es. Il le dit calmement, comme un fait.
Il a raison et c’est ça le pire.
Tu serres les cuisses plus fort et ça ne suffit plus. Ça n’a plus rien à voir avec le confort, c’est devenu une pression continue, un manque physique qui remonte jusqu’à ta gorge.
Tu pourrais bouger ta main. Elle est là, le long de ton corps, à quelques centimètres de l’endroit qui réclame. Il n’a rien interdit.
Tu ne le fais pas. Tu attends. Parce que quelque chose en toi a compris que l’attente est exactement ce qui te met dans cet état.
Il décrit maintenant ce qu’il ferait avec sa bouche. Précisément. Sans un mot vulgaire et sans rien laisser dans l’ombre. Il détaille le premier contact, la lenteur du début, le moment où il accélérerait, et celui où il s’arrêterait juste avant pour te faire redescendre.
Tu gémis. Tu ne t’en rends compte qu’après l’avoir fait.
Il s’arrête de parler.
Le silence tombe d’un coup et c’est pire que tout le reste. Tu entends ta propre respiration, rapide, ridicule, dans une chambre où il ne s’est rien passé.
Tu ouvres les yeux. Il te regarde. Il attend.
Alors tu prends sa main.
Tu la prends par le poignet, tu la tires vers toi, et tu la poses toi-même exactement là où tu la veux, par-dessus le tissu, en appuyant.
Il ne bouge pas les doigts. Il sourit à peine.
Et il te demande de le dire.
Tu secoues la tête. Il attend encore. Sa main reste là, immobile, chaude, à ne rien faire du tout, et tu comprends qu’il ne cédera pas.
Alors tu le dis.
Tu le dis à voix haute, avec les mots précis, ceux que tu n’as jamais prononcés devant personne. Tu t’entends les dire dans le silence de la chambre et tu sens que ça te fait presque autant d’effet que ce qui va suivre.
Ses doigts commencent enfin à bouger.